Gastronomie roumaine

On apprécie un chef lorsqu’il réussit à choyer les papilles gustatives avec des sensations nouvelles, nous invitant à faire un voyage dans l’univers des arômes. Ce plaisir s’est perfectionné au fil des siècles, pour contenter même les goûts les plus exigeants. Mais d’où sommes-nous partis, quelles étaient les arômes qui accompagnaient les gens il y a cent ou mille ans ? Qui les impressionnait alors et comment envisageaient-ils l’acte de cuisiner ? Voilà des questions auxquelles ceux qui osent donner des réponses ne sont pas nombreux, d’autant plus que nous sommes loin de connaître les ingrédients et les recettes d’alors. La plupart des légumes et des fruits qu’on utilisait jadis sont disparus des potagers et des vergers des Européens, et les animaux ne sont plus nourris comme il y a des centaines d’années. Nous sommes donc des prisonniers de nos goûts actuels, il nous manque l’alternative où les mêmes ingrédients apparaissent sous une nouvelle forme de présentation.

Gastronomie Roumaine

Sans avoir à essayer des sensations fortes en matière de gastronomie et des goûts exotiques, on découvre au cœur de l’Europe, dans les villages perdus au cœur des Carpates, des gens qui possèdent un trésor dont ils se nourrissent chaque jour, comme des rois. En Roumanie, il existe encore des endroits où l’agriculture traditionnelle parvient à produire des aliments sains et naturels, sans utiliser des engrais chimiques. Ici les gens ont appris à produire tout ce dont ils ont besoin par leurs propres forces, les supermarchés n’étant pour eux que de la publicité trompeuse.

Dès l’aube, ils préparent le pain dans un four à bois, et il faut savoir que le lait frais, mais aussi tous les aliments sur la table sont faits maison. Ils ont appris à mettre de côté, en automne, les meilleures graines de légumes afin de les semer au printemps, ils ont appris que les fruits se gardent mieux en hiver s’ils sont couverts de pailles, ils ont appris comment conserver le fromage dans des récipients en écorce de sapin. Dans un monde où manger bio est devenu un luxe, ils se réjouissent au quotidien de tout ce qu’il y a de plus frais et a le meilleur goût. Des confitures de fruits sauvages, du miel de fleurs de champ, des volailles élevées au sol, dans les alentours de la maison, du fromage produit dans les bergeries de la montagne, tout cela leur appartient, est fait de leurs mains, élevé par eux. Des recettes orales, héritées de leurs ancêtres, leur apprennent à cuisiner des mets fins, à les conserver et à choisir toujours le meilleur moment où accomplir une certaine action, car la nature a son propre calendrier, qu’ils savent lire.

Certains plats sont préparés seulement à des périodes bien déterminées, par exemple à l’occasion des grandes fêtes, comme Pâques ou Noël, et elles ont une fonction rituelle. Chaque événement demande son propre menu, de sorte que ce que l’on prépare pour un baptême est différent de ce que l’on prépare pour un mariage. Des rituels symboliques accompagnent la préparation de certaines nourritures, offrant un exemple des superstitions et des croyances anciennes, que les paysans respectent depuis des millénaires.

Le printemps est marqué par la fête de Pâques, à l’occasion de laquelle on peint des œufs et on prépare, dans de vieux fours en brique, la pasca, un gâteau rituel que l’on mange uniquement à ce moment-là. La nourriture est bénie lors de la messe de Pâques, et ce n’est qu’ensuite qu’on en mange, dans le cadre du repas pascal, qui réunit toute la famille. Pour Pâques on prépare aussi de l’agneau, sous la forme du drob, une roulade de viande et d’herbes aromatiques dont les origines se perdent dans la période préchrétienne.

En été les plats sont plutôt simples, comme par exemple le fromage en écorce de sapin ou bien le fromage fumé avec des tomates fraîches et de l’oignon, ou bien une soupe, dont la plus célèbre est la soupe de tripes (ciorba de burta). C’est maintenant que l’on cueillit les fruits – les fraises, les cerises ou les framboises – pour les confitures ; il faut savoir que la confiture la plus appréciée est celle de noix vertes.

L’automne est marqué par les préparations pour l’hiver : dans chaque maison on prépare les légumes marinés en saumure ou vinaigre, les fines herbes, des suppléments pour les mois d’hiver. C’est toujours le moment où l’on fait le vin, dont la fabrication a une longue histoire, qui a commencé bien avant l’arrivée des Romains. Chaque région vante les mérites de ses cépages, et les prix obtenus aux concours internationaux ne peuvent que confirmer leur valeur. C’est surtout en automne, lorsque les ingrédients frais paraissent, qu’on prépare les célèbres sarmale, feuilles de chou farcies, le plat roumain le plus célèbre.

L’hiver est marqué par la fête de Noël et les plats qui lui sont spécifiques, dont beaucoup sont inconnus dans le reste du monde – la tobă, la chișcă, le caltaboș – et qui constituent un patrimoine original de la cuisine roumaine. Toute la famille se réunit à Noël et accueille les filles et les garçons qui, vêtus traditionnellement, sont venus chanter les chants de Noël (colinde), et annoncer la naissance du Seigneur. On demande aux colidători de venir se réchauffer près du feu, boire du vin à la cannelle et manger des colaci, une spécialité de pain traditionnelle, qui a la forme d’un cercle tressé.

Si vous voulez découvrir les mets traditionnels roumains, préparez-vous à découvrir des plats étranges, accompagnés de vieux vins, cachés dans des celliers où se sont promenés des princes du Moyen Age. Vous allez découvrir l’hospitalité des paysans, qui n’hésiteront pas à vous offrir tout ce qu’ils ont de mieux, et qui pensent que la joie vient du plaisir d’offrir.