Histoire de la Roumanie

Quand nous parlons de l’histoire, le temps perd ses frontières et, inévitablement, nos pensées sont envahies de noms célèbres, de personnages de livres d’histoire, de films et de pièces de théâtre. C’est l’histoire qu’on lit dans les légendes, l’histoire avec laquelle chaque pays, chaque continent glorifie ses héros. A de tels moments nous oublions que l’histoire s’écrit surtout avec du sang, avec des intrigues et des trahisons, que ceux qui ont choisi de s’y sacrifier ont été souvent oubliés par le temps et l’histoire, que peu nombreux sont ceux qui ont réussi à s’élever au-dessus des temps, imposant des principes, inspirant les hommes et les siècles et luttant pour eux. L’histoire de l’humanité a retenu les noms de certains, mais a oublié injustement d’autres qui méritaient peut-être au moins le même honneur. Ces lignes sont pour vous faire connaître l’histoire des héros et des gens qui ont habité le territoire qu’on appelle aujourd’hui la Roumanie. Vous découvrirez l’histoire de la Roumanie et comment le temps a modelé les lieux et les caractères, a offert et a repris, a construit et a détruit, a donné la vie et l’a enlevée; et ce qui en est resté vous emmène aujourd’hui dans un monde ancien et plein de significations et de symboles.

L’Antiquité

Dans la région cernée par la Mer Noire et le Danube, dans les Carpates, les premières formes de vie humaine ont été enregistrées il y a des milliers d’années, dans le paléolithique : des preuves solides soutiennent l’existence des cultures qui œuvraient les métaux, la céramique et qui se font fait remarquer par l’art de décorer les outils et les armes. Les premières tribus à avoir formé un peuple ont été les Daces, décrits par les historiens grecs il y a environ 2500 ans. Ils représentaient un groupe distinct et adoraient un seul dieu, Zamolxis ; certains des sanctuaires où ils priaient existent encore. Peuple guerrier, les Daces envisageaient la mort avec sérénité, car ils croyaient dans l’immortalité de l’âme. Ces gens, qui portaient dans les batailles l’étendard formé d’une tête de loup au-dessus d’un corps de dragon, ont agrandi leur territoire en dominant presque tout le bassin du Danube. Loin d’être des barbares, les Daces avaient des préoccupations complexes : les connaissances médicales, la variété d’objets en céramique et en fer découverts dans les sites archéologiques en font la preuve. Mais les plus impressionnants étaient les bijoux en or, très lourds et richement ornementés. Le trésor des Daces est encore recherché par des chasseurs de trésors du monde entier, tout comme jadis, il y a plus de 2000 ans, toutes ces richesses avaient attiré l’attention des voisins, notamment de l’Empire Romain. Les campagnes de conquête, la grandeur de Rome, tout cela dépendait de l’or, tout cela demandait de l’or et encore de l’or. Epuisé par la guerre civile avec Pompée, César a mobilisé sur les bords du Danube plus de 40.000 légionnaires, deux fois de plus que pour la conquête de la Gaule, mais sa mort a déterminé un retard dans les plans de conquête des Romains. Cent cinquante ans ont passé jusqu’à la reprise des plans de conquête, mais les guerres avec les Daces leur ont valu une défaite désastreuse, et, pour la première fois dans leur histoire, les Romains ont dû payer tribut. Lorsque la crise a frappé l’empire, toutes les forces ont été concentrées dans la proximité du Danube. Il a fallu le génie de l’empereur Trajan, considéré aujourd’hui comme l’un des cinq sages qui ont dirigé l’Empire Romain, pour accomplir un plan vieux de plus de cent cinquante ans. Les forces déployées ont été impressionnantes – Trajan a traversé le Danube avec plus de treize légions – et six ans après le début des hostilités la Dacie a été conquise et l’Empire Romain sauvé de l’effondrement. Le trésor des Daces a été découvert sous le cours d’une rivière et plus de 165.000 tonnes d’or et autres 300.000 tonnes d’argent ont pris le chemin de Rome. Pendant 123 jours, ont été organisées les fêtes les plus fastueuses de l’histoire de l’empire et dans les arènes le nom de gladiateur est devenu le synonyme de celui de Dace. Rome était ainsi sauvée de l’effondrement, mais personne ne pouvait préparer les Romains pour ce qui allait venir. De l’Est venait un péril que personne n’a pu anticiper. Des tribus provenant des steppes de l’Asie s’approchent impétueusement, attirées par la richesse de l’Empire de l’Ouest. Il s’ensuit une période d’obscurité et la lumière de la paix ne fera retour que des centaines d’années plus tard. Devant les invasions barbares le seul allié a été la nature. Abandonnés par l’armée, pillés par les envahisseurs, les villes transformées en cendres, les habitants de ces lieux ont trouvé refuge dans la montagne et la forêt.

Le Moyen Age

Siècle après siècle, vague après vague, les envahisseurs ont fait des incursions dans ces territoires ; les uns y ont fondé des royaumes éphémères, les autres ont été complètement oubliés par l’histoire, mais pendant tout ce temps-là un peuple y prenait contour – le peuple roumain. Lorsque les feux se sont éteints, ceux que l’on allait nommer plus tard les Roumains ont rebâti leurs villes, ont érigé des églises et ont mis les bases des premiers royaumes. La paix n’a pas été longue, car les Mongols sont arrivés en Europe, avec une violence jamais rencontrée jusqu’alors. Lorsque des dizaines de villes disparaissaient sous les attaques des Mongoles, lorsque la panique régnait dans toute l’Europe, dans l’espace que les Romains avaient conquis jadis le peuple nouvellement formé cherchait ses dirigeants.
Des temps nouveaux allaient s’ensuivre, où la paix n’allait représenter que la période de préparation entre deux guerres. On avait besoin, plus que jamais, de chefs puissants, qui soient à même d’organiser leur peuple, de mener les gens dans la guerre et de vaincre la broussaille d’intrigues tissée autour du pouvoir. C’est la période où se forment les trois provinces roumaines (la Moldavie, la Transylvanie, la Valachie), c’est la période où les moments de victoire se mêlent aux moments d’agonie, et où le génie de certains dirigeants, comme Mircea cel Bătrân, Iancu de Hunedoara, Vlad Țepeș ou Ștefan cel Mare ont fait en sorte que ce peuple puisse survivre.

La Renaissance

Lorsque les chroniqueurs de l’Ouest louaient les beautés des œuvres créées au début de la Renaissance, lorsque les troubadours chantaient, de cité en cité, des histoires d’amour, le sang se remettait à couler sur les bords du Danube. L’échec des croisades a ramené les Ottomans aux portes de l’Europe. Les Roumains se sont souvent retrouvés tout seuls, à se battre contre des armées quatre fois plus grandes que les leurs ; ils ont décidé d’affronter le danger, de sacrifier leurs maisons et leurs enfants, et de mener, ainsi, une guerre qui a duré des siècles, et dont la violence est si féroce, qu’elle semble être découpée d’un autre monde. Les rois et les princes de l’Europe ont chanté des louanges à celui qui allait être connu sous le nom de Dracula, Vlad Țepeș, le prince régnant de la Valachie, dont la vie réelle n’est que très peu connue. C’est toujours dans ce siècle qu’a régné Ștefan cel Mare, connu aux cours royales européennes comme « l’Athlète du Christ » et le défenseur des portes de l’Europe. Par lui, l’Empire Ottoman a connu l’une des défaites des plus importantes de toute son histoire. Contre le danger externe et sa supériorité militaire, la technique de la terre brûlée était devenue la seule solution : on empoisonnait les eaux, on brûlait les champs, on désertait les villes et les villages, et, retiré dans les montagnes, on surveillait ses ennemis. C’est ainsi qu’on a gagné des dizaines de batailles, c’est ainsi que l’Europe a gagné de nouveaux héros.

L’époque moderne

L’histoire de la Roumanie moderne commence lorsque la Première Guerre Mondiale prend fin, quand les trois provinces s’unissent au sein des mêmes frontières. Dirigée par la maison de Hohenzollern, la Roumanie – devenue royaume – a connu la période la plus prospère de son histoire. Ayant des liens de parenté avec toutes les maisons royales de l’Europe, les membres de la famille royale, qui étaient des amateurs d’art, ont promu les valeurs et les traditions roumaines dans le monde entier. A la fin de la Seconde Guerre mondiale la famille royale est chassée du pays et les Roumains deviennent les prisonniers de leurs propres frontières. Il s’ensuit cinquante années de luttes cachées, pendant lesquelles les élites culturelles et intellectuelles ont été considérées comme des ennemis. Le dictateur Ceaușescu offrait au peuple l’illusion de la prospérité, dans une lutte continuelle contre son propre orgueil de construire l’homme nouveau, habitant des villes, loin de valeurs et des traditions qui ont régi la vie des Roumains pendant des milliers d’années. L’échec du communisme roumain a été reconnu dans le monde entier en décembre 1989, lors de ce qui allait être connu comme la première révolution télévisée de l’histoire. La démocratie a entamé avec timidité son chemin et les Roumains ont redécouvert la liberté cinquante années après l’avoir perdue. Un long chemin qui nous a aidés à retrouver notre place en Europe, un chemin qui nous a fait comprendre ce que la liberté veut dire et ce qu’est la chance de dire ce que l’on pense. Ainsi, aujourd’hui nous sommes à même de vous raconter l’histoire de ce pays, une histoire sans interprétations, dans laquelle chacun occupe la place qu’il mérite sur l’échelle du temps. Aujourd’hui vous pouvez marcher dans les traces de ceux qui par leur courage ont influencé l’histoire du monde, vous pouvez découvrir des histoires inconnues dans des endroits qui vous impressionneront par l’imagination des créateurs.